Les Héliotropes : entre polaroïd et gravure, le voyage en Onirie de Laurent Villeret, galerie le soixante-neuf

Héliotrope : n.m. du latin heliotropumn, du grec héliotropion, installation qui s’oriente vers le soleil. Des objets photographiques et oniriques qui ont leur propre vie et indépendance. C’est ainsi que Laurent Villeret, photographe parisien, définit ses carnets de voyage qu’il expose jusqu’au 27 avril dans la nouvelle galerie d’art bordelaise, Le Soixante-Neuf, dans le cadre du festival Itinéraires des Photographes Voyageurs. Cinq séries sont présentées : Zanzibar, Moskva, Chinoiseries, Oualata, Tehuantepec.

L’Humain et son milieu

Laurent Villeret vous raconte volontiers que ce qu’il l’intéresse dans un voyage, c’est la rencontre de l’autre et non les vieilles pierres. Plus particulièrement : il est fasciné par l’Humain et sa capacité à s’adapter ou non à son milieu. Ses interrogations, il les retranscrit dans des carnets de voyage qu’il nomme « les Héliotropes », en référence à un des tous premiers procédés photographiques l’héliographie. Entre 2003 et 2011, il traverse la Mauritanie, Zanzibar, la Chine, le Mexique, le Cambodge et Moscou. Il décide d’ailleurs d’atteindre cette dernière en train depuis Paris pour éviter les aéroports « qui sont tous identiques et froids » et surtout susciter la rencontre, celle qui sublime son voyage et lui permet de mieux saisir un quotidien étranger. Au fil de ses pérégrinations, il s’interroge sur le quotidien d’un homme de bord de mer (série Zanzibar), de l’évolution d’un être en milieu urbain (série les Chinoiseries) ou en pays de grand froid (série Moskva).

Une technique photo atypique

En 2003, Laurent part en Inde avec un vieux rêve : écrire ses propres carnets de voyage en s’appuyant sur un support qu’il affectionne particulièrement, le polaroïd. Au même titre que les dessinateurs qui croquent au fil de leur voyage, Laurent Villeret souhaite « dessiner » ses photos sur place et non les imprimer au retour pour simplement les coller dans un album. Il s’achète un carnet de croquis et à l’idée d’y transférer au fur et à mesure ses polaroïds. Amoureux de la gravure, Laurent connaissait déjà le procédé de transfert de polaroïd sur papier découvert lors de sa formation à l’école Louis Lumière. Ainsi naissent les Héliotropes.

« Le voyage est un ailleurs »

Et c’est tout un univers qui surgit atemporel et onirique.

Cette technique lui permet de jouer avec les repères de temps et de lieu. Laurent crée un imaginaire, qu’il nomme « Onirie », composé de petits et moyens formats. Le grain du papier aquarelle comme un vieux film, les visages floutés, les horizons lointains, la chromie de pastels, rouge, sable, bleue ; Laurent présente sa poésie par ces fenêtres sur le monde. Il capte un regard, une silhouette, un instant de fatigue comme si, grâce à son objectif, on captait une scène furtive par un œil de loup. Aussi, il photographie des objets et animaux représentatifs d’une culture, la main de l’homme n’est jamais loin : les champs de maïs dans la série Tehuantepec, les poissons dans la série les Chinoiseries, les barques dans la série Zanzibar,…

Le soixante-neuf

La configuration de la nouvelle galerie Le Soixante-Neuf participe à la sublimation de cette exposition. Située au 69, rue Mandron, derrière une grande porte bleue de garage, on pénètre un lieu semi-ouvert et aéré. Dédié aux expressions artistiques, le soixante-neuf, dirigé par Michèle Blaise, souhaite faire découvrir des artistes jeunes ou confirmés, tout en s’intégrant à l’actualité de la ville. Avec « les Héliotropes », elle s’insère dans le parcours du festival Itinéraires des Photographes Voyageurs qui se déroule tout le mois d’avril dans plus de douze lieux bordelais.

« Les Héliotropes », Laurent Villeret

Cette exposition s’est tenue du 2 au 27 avril à la galerie le soixante-neuf dans le cadre du Festival Itinéraires des Photographes Voyageurs

69, rue Mandron, Bordeaux

Tram C, arrêts Paul Doumer ou Jardin Public

www.itiphoto.com

Photos : © Laurent Villeret & Isabelle Camus

L’agence audiovisuelle La Pure Prod avait réalisé cette superbe vidéo pour l’occasion :

Article précédemment publié sur My Global Bordeaux