Prix Marcel Duchamp à Libourne

Le week-end du 24 mai 2013 était festif : lancement de la fête du fleuve et vernissages en pagaille sur Bordeaux. Pour ma part, je décidais d’aller célébrer l’ouverture de l’exposition du Prix Marcel Duchamp à Libourne. Non pas que je rechigne aux activités bordelaises mais l’occasion était trop belle pour une échappée artistique de qualité. Effectivement, je ne fus pas déçue de mon escapade !

Quatre nominés

A peine le temps de s’assoir dans le TER et d’admirer le pont Ba-Ba, dit Chaban Delmas, en pleine élévation que nous voilà débarqués, Christopher (mon tout frais binôme photographe, bienvenu à lui dans MGB !) et moi-même, à la gare de Libourne. Quelques minutes de marche et nous nous trouvons face à la chapelle du Carmel, sur les allées principales. La ville de Libourne y accueille, ainsi qu’à l’hôtel de ville, du 25 mai au 15 septembre les œuvres des quatre finalistes en lice pour le prix Marcel Duchamp.

Créé en 2000 par l’Association pour la diffusion internationale de l’art français (ADIAF), le Prix Marcel Duchamp permet à de jeunes artistes français, certes déjà visibles dans le monde de l’art, de bénéficier d’une dotation (35 000€ à des fins de production), d’une exposition dans le temple de l’art contemporain, le centre Pompidou, d’une montée en notoriété donc de cotation. Et chaque année à la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain tous les ans en octobre au Grand Palais à Paris), événement où est annoncé le lauréat du Prix Marcel Duchamp, les collectionneurs se pressent pour l’acquisition de l’œuvre lauréate.

Depuis trois ans, l’ADIAF organise des expositions hors capitale, l’occasion de présenter la création française en région. L’édition 2011 avait été accueillie par le Musée d’art contemporain de Lille, institution récemment relancée avec le LaM ; en 2012 au château de Tours qui accueillent en moyenne 12 expositions par an (rétrospectives de Miro, Calder, Buren, et autres célébrissimes noms,…). Alors pourquoi cette année l’ADIAF a-t-elle choisi Libourne, plus souvent connue comme point de passage vers les vignobles de St Emilion que pour sa programmation culturelle ?

« Libourne a rendez-vous avec l’art et la liberté »

Qu’on se le dise : Libourne est active. Qu’on ignore trop : la ville accueille une création plus que vivace depuis des années au théâtre Liburnia, le festival international des arts de la rue Festarts, et se défend de cette image de village girondin resté dans un statisme ambiant. Non. Et cette énergie est, entre autre, incarnée par son conservateur du musée des Beaux-Arts, Thierry Saumier. C’est avec une émotion à peine voilée qu’il évoque son « défi » lors de son discours au vernissage de l’exposition. Il s’est battu avec le soutien de la ville pour accueillir cette exposition. Dans ses remerciements, il insiste sur les services techniques de la ville et sa modeste équipe composée de quatre personnes seulement. Le rythme est soutenu depuis l’accueil du centre Pompidou Mobile au semestre dernier (musée nomade présentant des œuvres des collections du musée parisien homonyme) qui a attiré pas moins de 50 000 visiteurs en seulement quatre mois ! (moyenne du CAPC sur une même période pour toutes ses expositions). Pas mal pour une ville de 70 000 habitants ! La « gageure » réside aussi dans le montage d’une exposition à visibilité internationale, d’artistes de la scène artistique française déjà connus du marché de l’art et des musées, le tout en trois mois et demi. (L’annonce des nominés est en février, l’ouverture d’exposition le 24 mai alors qu’on estime à une année le temps de préparation d’une exposition. Je vous laisse apprécier le défi !).

On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. C’est bien pour cela que, sur la lancée du mobile, Libourne est fière de présenter des œuvres de Farah Atassi, Latifa Echakhch, le collectif Claire Fontaine et Raphaël Zarka ; tous représentés par de prestigieuses galeries. Deux lieux investis : la chapelle du Carmel et une salle de l’hôtel de ville.

Strike, drapeaux français et erratum

On retient la performance « Erratum » de Latifa d’une poésie violente : des verres à thé sont explosés contre le mur laissant au sol des débris colorés, une géographie de couleur. L’artiste marocaine, représentée par la célèbre galerie parisienne Kamel mennour, interroge volontiers ses origines par une approche sensible. Cette œuvre intime intervient en réponse à l’installation monumentale mi-poétique/mi-politique, sur le parvis de la chapelle. Dix hampes de drapeaux (« Fantasia » qui n’est pas sans rappeler l’œuvre de Wilfredo Prieto, artiste cubain, avec ses soixante drapeaux en noir et blanc de différents pays) se dressent en souvenir des étendards présents sur les champs de bataille. Sans drapeau difficile de reconnaître les forces en présence… un combat anonyme, peut-être de ces conflits qu’on voit aux JT qui nous paraissent si loin, ou de la revendication de nations confinées dans des frontières souvent inappropriées. A vous de voir.

Egalement, l’actualité nous porte à évoquer l’installation du collectif engagé Claire Fontaine (Untitled, 2007) : deux drapeaux français salis et portant le slogan tristement célèbre du FN : « La France aux français » ; ou encore le spectaculaire « Strike », hommage de néons à Kafka (la police utilisée se nomme « K ») comme une enseigne lumineuse au message fort mais à la présentation banalisée.

De l’art qu’on aime voir, une exposition et surtout une initiative à saluer. Vous avez la possibilité de choisir votre artiste préféré en laissant un bulletin à l’entrée de l’expo alors à vos votes !

Cette exposition s’est tenue du 25 mai au 15 septembre 2013 à Libourne.

Chapelle du Carmel

45 allée Robert-Boulin

05 57 51 91 05

Photos ©Christopher Guichemerre

Article précédemment publié sur My Global Bordeaux