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Comment j’ai finalement lu Football de Jean-Philippe Toussaint

Ce billet fait écho à une précédente chronique « Comment je n’ai presque pas lu Football de Jean-Philippe Toussaint » parce que finalement même si je n’aime pas le foot, même si on a raté beaucoup d’occasions, et même si le temps et l’espace ont joué contre nous, j’ai fini par le rencontrer ce livre et tout s’est très bien passé, vive le Football !

On a tous des souvenirs de foot.

Je suis née dans une famille de footeux, et j’ai même tapé dans la balle quand j’étais enfant dans les plaines du pays de caux.
C’étaient des parties improvisées avec tous les copains du hameau, de tous les âges, avec les pulls pour faire les cages. Ça se passait le plus souvent dans la terre grasse des champs labourés du Père Noël (en Normandie on dit « Le père » pour Monsieur et « La mère » pour Madame). J’étais la seule fille, je visais les mollets, les copains de mon frère m’appelaient « quatre z’eux » j’imposais pour une fois le respect (ou la crainte ?).

Mon père a joué très tard, il était père de famille quand il a arrêté. Mon frère collectionnait le journal Onze et jouait au club de Yerville, plus tard arbitre à Deauville et ailleurs, il avait commencé tout petit en s’ouvrant l’arcade sourcilière contre une de ces barrières de ciment qui entourent le terrain.
Tous les deux, mon père, mon frère étaient fans de foot, regardaient Stade2 et Téléfoot, faisaient des pronostics savants lors des compétitions, ne me demandez plus lesquelles, « coupe de la ligue des champions… » je n’ai jamais été capable ou eu envie de me rappeler les subtilités de ces appellations. Mon frère tenait scrupuleusement un cahier d’écolier sur lequel il relevait les résultats dans un tableau à plusieurs colonnes avec de gauche à droite la date de la rencontre, les équipes en lice, le pronostic de mon père, le sien et enfin le résultat.

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Mon seul émoi footballistique a été pour Platini et Rocheteau (qu’il était beau avec ses boucles…), Pelé peut-être et l’équipe de Saint Etienne, Allez les verts ! (Qui c’est les plus forts ? Évidemment c’est les verts !) Mon frère avait un grand poster dans sa chambre, je connaissais l’hymne par cœur, l’époque de « Fruité c’est plus musclé ». Depuis Platini s’est engraissé dans tous les sens du terme, les mythes ont pris du bide, les idoles anciennes sont tombées, de nouvelles les remplacent, toujours.

rocheteau (dominique)

Le foot c’est universel

Et c’est ce que nous raconte Jean-Philippe Toussaint. En lisant son livre « Football », j’ai replongé dans cette ambiance enfantine, fervente, bruyante et colorée, qui vous prend à tous les âges, aujourd’hui encore quand on veut bien se laisser aller à encourager le France en coupe du monde (les seuls matchs que je peux regarder).

Le match de foot est un temps suspendu, une réalité d’une autre dimension, faite de la tension de l’action, Jean-Philippe Toussaint nous présente ça comme une méditation de pleine conscience, pour parler à la mode, c’est fort !

« Le football se fond si parfaitement dans le cours du temps… il nous apporte une sorte de bien-être métaphysique qui nous détourne de nos misères et nous soustrait à la pensée de la mort « .

Toussaint raconte le foot au-delà du temps et de l’espace, au fil des coupes du monde de 1998 à 2004, au fil de ses voyages, entre continents et cultures, dans des lieux et des circonstances toujours différents.
Tout en parlant de beaucoup d’autres choses que le foot (du temps qui passe, de ses anecdotes de voyages, du processus créatif, de l’écriture), tout en délicatesse, digressions et cocasseries, il en tire la quintessence.
En lisant ce bouquin, j’ai joué au foot avec Jean-Philippe Toussaint, sans jamais visé les tibias.

Jean-Philippe Toussaint, Football, Editions de Minuit, 2015

 

 

 

 

 

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