Chez soi : le journal d’une exilée

This is a place where I don’t feel alone.

This is a place where I feel at home.

Ces paroles tournent et retournent dans mon crâne et l’image que j’y associe est Bordeaux. Je n’y suis pas née, j’y ai fait ma scolarité, et encore, j’étais en banlieue nord, parmi les tours de 18 étages. Je suis une fille du bitume, une enfant de la cité, un pur produit du monde ouvrier.
Bordeaux, j’en suis partie à plusieurs reprises. La première fois, pour 8 ans. Je me sentais chez moi un peu partout où j’allais. Je n’avais jamais ressenti le besoin de revenir dans une maison familiale ou encore de me recueillir sur les lieux qui ont servi de décor à mon enfance. J’avais ces souvenirs qui m’habitaient, cela me suffisait. J’avais soif du monde, de découvertes, de vie trépidante et de frisson. Je n’associais pas du tout cela à un sentiment de sécurité puisque partout était chez moi. A l’époque, j’habitais le monde. 

Pour les vacances et ptits we (dont je vous parle régulièrement sur ce blog) lors de ma première étape parisienne, j’ai pris l’habitude de redescendre, certains dirait au bled. Moi, j’allais respirer l’odeur des pins, me repaître des couleurs franches de l’Aquitaine, goûter la force des vagues et me laisser bercer par le soleil. Là-bas, dans le sud. Là-bas, à la maison. Paradoxalement, ce n’est pas lié à un lieu ni à des racines familiales mais à ce sentiment de bien-être et de paix que je ressens littéralement lorsque je suis dans le sud-ouest. Je suis née à La Rochelle, j’y ai passé toutes mes vacances ou presque étant enfant. J’y ai même vécu 2 ans. Et pourtant Bordeaux et l’Aquitaine ont gagné mon cœur pour ne plus s’en déloger. Je le dis sans complexe.

Crédit MelieGood

Crédit MelieGood

J’aime être en tong en plein mois de novembre car il y a toujours un été indien, j’aime le blanc de la dune du Pyla qui tranche avec la vert sombre de la forêt de pins, j’aime ramener un coquillage ou un caillou trouvé sur la plage, j’aime l’effet d’optique des rangées de vignes quand on les traverse en train, j’aime me risquer dans cette petite rue pavée et glissante de Saint Emilion pour quérir les délicieux macarons, j’aime mes ami(e)s bordelais qui m’ont ouvert leur bras et leur cœur, j’aime me dire qu’un jour j’arriverais à vider le bassin de ses huîtres et sans exception connaître toutes les rues de la ville, …

Crédit Fabienne Félix

Aujourd’hui je suis redevenue parisienne. Mon secteur professionnel est en quasi stagnation depuis trop d’années et les opportunités sont rares. Je suis repartie à contre-coeur. Un véritable déchirement : je ne suis plus chez moi. Je me sens exilée. Finalement, tout le monde est un peu exilé là-haut : des toulousains, des marseillais, des bourguignons, des bretons, etc. Sans aucune exception, nous voulons tous rentrer à la maison avec la conviction que Paris est une ville extraordinaire de culture, vie et joie. Mais ce n’est pas là que nous y trouvons la paix, ce n’est pas là que nous aimons nous retrouver avec nous-même, ce n’est pas là que nous nous sentons apaisés. Ce n’est pas uniquement une question de climat, de verdure, d’air pur et de silence. C’est avant tout une question d’attachement. Un peu comme Chopin dont le corps enterré à Paris et son coeur à Varsovie.

Crédit Fabienne Félix

Crédit Fabienne Félix

À chaque fois que je prends un train pour descendre, pour rentrer à la maison, je pense à tous ces peuples contraints et forcés de quitter, leur culture, leur patrie. Mon exil ne paraît rien puisque je ne peux pas comprendre leur chagrin mais je partage leur nostalgie.

This is a place where I don’t feel alone.
This is a place where I feel at home.
Mes prochains billets seront ceux d’une exilée qui ne rêve que de pins, d’iode et de sourires.

 

 

 

 

Enregistrer