Un billet de gratitude

C’est comme cette chanson qu’on entend dans les boîtes à la fin de la soirée, qu’il est 5h et qu’on a bu, dansé, ri. On est dans l’euphorie et on aimerait que cela ne s’arrête pas. Des lumières colorées et de la musique entraînante, et soudain, la lumière crue, blanche et froide qui agresse le visage. On entend ce vieux tube de Téléphone qui dans un autre contexte paraît saugrenu : « Voilà, c’est fini ». Les yeux se plissent, on se demande : mais quoi? Déjà??!! La langue pâteuse , quelques larmes coulent, la nuit s’en est allée, place à la réalité.

Voilà ce que j’ai ressenti quand elle est partie : j’avais la gueule de bois.

Il y a quelques semaines, mon chat, mon tout premier chat, s’en est allé. Je ne vais pas faire une ode à la gloire de ce chat qui bavait quand elle ronronnait ou a saccagé en un coup de griffe ce fameux pull que j’aimais tant, seulement porté deux fois dans ma vie. Non pas un poème. Je souhaite seulement partager ici toute ma gratitude.

Je remercie ma mère pour m’avoir transmis l’amour de ces petites bêtes et m’avoir aidé à en prendre soin. C’est vrai : avant Internet, comment pouvait-on seulement savoir que les chats aiment l’odeur de l’eau de Javel (?!), que ce n’est pas toi qui le choisit mais bien lui, qui m’a appris à lui couper ses petites griffes (au moins, quand ton chat saccage ton canapé, cela limite les dégâts…), et à dégoter une bonne adresse de vétérinaire pour y claquer ton argent mis de coté pour tes vacances car ton chat n’arrive plus à déglutir ses poils ? Merci Maman de me montrer que même après leur départ, il est possible d’aimer de nouveau une petite boule de poils, oui, malgré la douleur…

Je remercie toutes les personnes, amis, famille, qui ont accepté de s’occuper d’elle quand je n’étais pas là. Les copines qui se donnaient la peine de venir jusque chez moi pour non seulement la nourrir mais en plus passer un moment à lui faire un câlin, à se faire baver dessus. Les longs poils, c’était cadeau. Ça aurait été plus simple de la mettre en pension, certes, mais Madame Le Chat n’aimait pas la compagnie des autres animaux, voire les écorchaient vifs (un dossier chez un assureur en témoigne, ainsi qu’un chien aujourd’hui borgne…). Non, elle ne supportait que la compagnie des humains, tant qu’à faire!

Je remercie mes petits amis qui l’ont connu. Qui ont supporté les nombreux poils de chats sur leur gilet ou caleçon car elle adorait dormir dans le placard, qui l’ont tout de même accepté dans l’appartement même s’ils étaient allergiques (c’était le package chat + nana, sinon rien), qui ont pris le temps de jouer avec elle, enfin plutôt de se payer sa tête parce qu’un simple faisceau laser ou le reflet de leur montre sur le mur l’occupait des heures entières, de s’être retrouvés souvent coincés dans le lit car elle avait décidé de dormir sur eux et de ne pas en bouger (10kgs ça commence à faire quand tu tentes de respirer en dormant), de l’avoir aimé même si c’était un chat et pas un chien (ceci dit quand tu l’appelais elle rappliquait, c’était tout comme!).

Je remercie les fabricants de laine de toujours mettre cette petite pièce en plus avec l’étiquette qui permet de rafistoler ton pull fétiche que ton chat avec tant d’amour a décidé de retricoter de ses griffes lorsqu’il te ronronne dessus.

Je remercie Fébrèze. Et oui, quand tu t’en vas deux jours et que ton chat n’a rien trouvé de mieux que de te dire en pissant sur ton canapé (3 ont trépassé) : « tu m’as abandonné, tu vas le sentir passer ». Oui, oui, celle-là, la bonne odeur du pipi de chat qui reste longtemps dans ton salon. Si tu veux recevoir de nouveau tes amis sans te payer la honte, ce produit est ton sauveur.

Je remercie les enfants pour leur spontanéité qui m’ont valu des souvenirs impérissables, comme dans le métro, où un petit garçon pointant du doigt la cage: « Regarde Papa, il y a un furet dans la cage!! ».

Enfin, je la remercie, elle, pour ces 13 belles années que nous avons passées ensemble..Elle m’avait choisi : j’étais venue pour emmener un de ses frères mais c’est elle qui a sauté dans le petit bac que j’avais préparé pour l’occasion. Elle a supporté 12 déménagements, mes petits copains et leur râlerie car eux ne l’avaient pas choisi, les nombreuses nounous, mes sautes d’humeur quand je n’avais pas envie d’affection, mes excès de tendresse quand j’avais envie d’un câlin et pas elle (tu la vois l’image de la tête du chat les oreilles en arrière qui attend que le câlin passe ?^^). Elle était mon ange gardien qui m’a donné des responsabilités, une boule d’amour certes faite de poils mais surtout de regards attendrissants. Des fous rires tellement un chat peut faire des choses stupides, de ses longues soirées à écrire où elle bronchait pas parce que je lui squattais son plaid et son canapé (fatale erreur de croire que lorsqu’on a un chat, vos affaires vous appartiennent encore), de toutes ces années de tendresse à l’appeler par des petits surnoms ridicules (mais oui, c’est votre chat, il subit les Chachou, Bibounoutte ou autre Petite Crotte, un point c’est tout). D’avoir eu le réflexe de se jeter sur ma coloc qui dormait lorsqu’il y a eu le feu dans l’immeuble, d’avoir chassé les mouches ( le plus pratique et économique des tue-mouches jamais testés, dommage que cela ne fonctionnait pas aussi avec les araignées…), d’avoir été ma compagne même si cela n’a pas toujours dû être simple d’être le chat d’une personne qui a la bougeotte et change de vie dix fois en une. Non cela n’a pas dû être rose de vivre avec moi et je te remercie, Nala de m’avoir aimé malgré tout.

Je dédie cette article à tous les Chachous, Matous, Minous et à ma soeur qui s’est si bien occupée d’elle jusqu’à la fin et l’a aimé comme si c’était le sienne. Merci à  toi Sista et à ton canapé…

Et à tous les valeureux qui ont (feu) un sapin. Joyeux Noël à tous les curieux.