Donc l’amour

Pour la St Valentin, les curieuses ont invité Oriana, rédactrice de Marcel et sa fontaine, blog d’art. Parce que l’amour sera toujours ce sujet éternel, de l’art pour sublimer notre esprit et transcender nos sentiments. L’art, ce qui nourrit notre âme.

Je ne me souviens plus exactement comment l’idée est née, cependant elle était là depuis un moment en réalité. Mélie et Fabienne me proposent de participer à la rubrique « Copain / Copine » du blog des Curieuses, je suis ravie bien sûr ! C’était le moment venu pour que cette idée sorte, s’écrive et soit partagée : nous allons parler d’amour, tout simplement.

Donc l’amour !

Je n’y peux pas grand chose, mes parents ont été originaux sur bon nombre de sujets mais je n’ai pas échappé au mythe du prince charmant. Longuement j’ai regardé, attendu, cherché les signes, lit entre les lignes.

Dieu soit loué ! A 32 ans, j’ai arrêté de croire au prince charmant. On verra mon attitude avec ma fille et si je vais oser commencer les lectures du soir par « Il était une fois ». Non pas moi…

Je crains bien que si, j’ai déjà largement commencé avec ma nièce. Shame on me.

Un peu de lexique :

Escarpolette = Balançoire

Badinage = Action ou propos léger, qui ne prête pas à conséquences.

Marivaudage = Littérature : Badinage spirituel et superficiel ; échange de propos galants et précieux.

Scène galante 1.

Madame jette, dans un élan de va et vient, le plus naturellement possible son soulier en direction de son amant mettant en branle l’évêque caché dans l’ombre. L’ange garde le secret. Ils sont tous entourés d’une nature chargée, omniprésente, parfois même torturée. Bien sûr, l’évidence du coup d’œil, l’indiscrétion : dirigeons-nous vers la jambe gauche de Madame, remontons au dessus du genou, jarretière en vue ! Les personnages sont plaisants, ils sourient, c’est une scène galante, le titre du tableau permet de comprendre qu’il n’y aura pas de fin tragique, nous parlons bien ici de hasard heureux.

Comment ne pas succomber ? Comment ne pas trouver cela brillant ? Autant de raffinement m’a toujours fasciné.

"Les hasards heureux de l'escarpolette" Jean Honoré Fragonard (1767- 1769)

« Les hasards heureux de l’escarpolette » Jean Honoré Fragonard (1767- 1769)

Scène galante 2.

Monsieur ferme le verrou désireux d’être à l’abri de tous (mais le peintre est là, nous sommes là). Voyez-vous tous ces drapés, ce qu’ils cachent, ce qu’ils touchent, ce qu’ils accueillent ? La devinette est facile.

Nous sommes loin du rouge, couleur de la passion du Christ, oui passion, mais passion des sens, passion de l’interdit.

Madame est incroyable, une comédienne ! Elle dit oui et non dans le même soupir, dans le même relâchement du corps et de l’esprit. Elle a déjà les yeux fermés, elle n’est plus avec nous, mais avec lui.

 Jean Honoré Fragonard toujours, « Le verrou » (1777)

Jean Honoré Fragonard toujours, « Le verrou » (1777)

Et puis il y a ce petit bouquet qui repose par terre, est-il tombé dans la bataille ? A-t-il était jeté au sol ? Who knows ? Personne. Mais je le vois depuis toujours et je pense à lui, comble du raffinement, ce bouquet finit le tableau. Il est dans la partie sobre de la peinture, très loin des drapés, ceux des draps, de la nappe ou encore de la robe.

Enfin, il y a cette lumière si particulière dans son traitement, elle entoure les amants de façon presque irréelle. Nous sommes bien au XVIIIe siècle.

 

Flash dans ma tête. Je décide de parler d’amour et pourtant je présente deux scènes d’adultère…Continuons.

Vous voulez savoir la vérité ? Pourquoi cela me plaisait tant ? Pourquoi cela me plait tant ? Car j’ai rêvé secrètement d’être ces Dames. Vivre, ressentir leurs sentiments dans ces scènes qui ont l’air si simples, si insignifiantes et tout simplement si jolies avec Monsieur.

Je ne peux plus croire au hasard : les funérailles de Fragonard ont été célébrées église Saint-Roch à Paris. J’ai vécu pendant cinq années en face de cette église.

Ces peintures m’ont sorti de l’ennui, d’un terrible ennui celui des bancs des études supérieures.

Puis il y a une sainte et son extase : « L’extase de Sainte-Thérèse », œuvre de Bernini (achevée en 1652).

Difficile de croire que c’est Dieu, sa sainteté, qui l’a met dans cet état de transe ? Et bien si… J’en suis toujours muette et reste perplexe… Je me demande comment la sculpture a été accueillie par le clergé à l’époque car cela se voit comme le nez au milieu de la figure qu’elle prend son pied !!!! Appelons un chat un chat s’il vous plaît.

Rappelons tout de même l’incroyable sculpteur qu’est Bernini, Sainte-Thérèse n’est faite que de drapés, c’est une sculpture et pourtant elle semble glisser sous nos yeux.

L'extase de Sainte-Thérèse

Nous serons toutes d’accord pour accorder notre amour ad vitam aeternam à « David » de Michel-Ange, réalisé entre 1501 et 1504 : sublime, parfait même avec ses disproportions (je fais référence à sa main !). Je suis tombée amoureuse de tout son être à l’âge de 15 ans à Florence, lors de notre premier face à face. Je pense que c’est ma première expérience avec une ronde bosse et que tout ce que j’avais appris dans les livres prenait (enfin) sens. Depuis malgré la distance, je lui reste fidèle, penser à aller le voir en 2015 d’ailleurs !

David

Je remercie infiniment Yinka Shonibare, artiste d’origine nigériane, qui a réalisé en 2007 une installation au Musée du Quai Branly et qui a ravivé tout mon amour pour ses scènes galantes grâce à son « Jardin d’amour ».

Place au XIXe siècle ! C’est Marine et son blog « Raconte moi une histoire » qui m’apprend beaucoup de choses sur les fiançailles de cette époque, je la cite ici :

« Imaginons que tout se passe bien. Les fiançailles se font dans une intimité rigoureuse : les deux couples de parents et les intermédiaires. Le fiancé doit apporter un bouquet de fleurs blanches ainsi qu’une bague, la fiancée porte une robe colorée. On les laisse enfin s’approcher, discuter sans être écoutés, mais on ne les laisse jamais seuls sauf coutumes contraires.

Jardin d'amour 2Jardin d'amour 1

Par exemple, dans le sud-ouest de la France tout comme en Suède (Toi non plus tu vois pas trop trop le lien ?) il existe la Cour amoureuse. C’est-à-dire que pendant le temps des fiançailles, les deux promis peuvent dormir ensemble sur le dos. Habillés, et non couverts. La jeune fille peut poser sa tête sur le torse du garçon. Leurs jambes ne peuvent pas être en contact. Le fiancé peut se permettre de toucher l’épaule de sa douce pour la déplacer s’il a le bras endolori, ils ont pensé à tout. »

Option non facultative, parler de Madame de Pompadour (1721-1764). Tellement de portraits que je vous laisse utiliser ce lien qui vous mène vers Google images.

Une très grande dame cependant pas toujours honorable :

  • Parisienne
  • Favorite de Louis XV
  • Protectrice des arts et des lettres
  • Elle exerça, toute sa vie, une influence sans précédent sur le Roi et cela même après 1750, où elle cesse d’être la maîtresse de ce dernier.

Chapeau bas Madame.

Enfin tout cela s’accompagne de lecture, alors pour la rédaction de ce billet j’ai replongé en apnée et pour mon plus grand plaisir dans le marivaudage, place à la poésie de Marivaux à Musset.

« On ne met rien dans son cœur ; on y prend ce qu’on y trouve. » Le dénouement imprévu, Marivaux

« Moi l’épouser ! Je t’assure que non ; c’est bien assez qu’il m’épouse. » L’école des mères, Marivaux

« Dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l’être assez. » Le jeu de l’amour et du hasard, Marivaux

« C’est un vilain amant qu’un homme qui vous désire plus qu’il ne vous aime. » La vie de Marianne, Marivaux

« Il est permis à un amant de chercher les moyens de plaire, et on doit lui pardonner lorsqu’il a réussi. » Les fausses confidences, Alfred de Musset

« Qui aima jamais porte une cicatrice. » Lettre à Monsieur de Lamartine, Alfred de Musset

« Doutez, si vous voulez, de celui qui vous aime, d’une femme ou d’un chien, mais non de l’amour même. » La coupe et les lèvres, Alfred de Musset

« On ne badine pas avec l’amour. » On ne badine pas avec l’amour, Alfred de Musset

« Ah ! Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. » Premières poésies, Alfred de Musset

Saint-Valentin ou pas.

Valentine ou pas.

Valentin ou pas.

Je m’en fiche.

Amour, ça oui, toujours.